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Je ne crois pas en Dieu. Je ne crois pas non plus qu'il existe d'un côté le bien et de l'autre le mal, selon des grilles établies et une hiérarchie des actes. Pire encore, je ne crois pas que le bien soit récompensé et le mal puni.

De toute façon pas de bien et de mal pour les soignants qui ne doivent ni juger ni condamner. D'ailleurs nous connaissons bien l’histoire la victime devient bourreau et le bourreau devient victime qui devient à son tour bourreau puis victime dans d’incroyables configurations familiales dont nous n'avons rien à penser d'un point de vue moral. Elles sont là et nous travaillons avec tant bien que mal.

La portée des actes, leur degré de malveillance, n'en jugeons point, ouvrons un espace où les actes se transforment, se digèrent, disparaissent, se perpétuent, se subliment...

Pourtant le Mal existe, je l'ai rencontré. Peu de fois mais je l'ai rencontré. A m'en donner la chair de poule.

Techniquement nous appelons cela la perversion.

Je ne vous parle pas du petit pervers quotidien (qui n'en est pas un, c’est juste un abus de langage), du manipulateur de tous les jours, du menteur arriviste, du phobique contrarié, du pervers narcissique (sic), de celui dont tout le monde dit en chuchotant: "c’est un pervers".

Celui là n’est que vide. Il se sent moins vide quand il brille au-dessus des autres. Alors il écrase quelques pieds pour passer devant tout le monde. Il n’est qu'Idéal du Moi sans Idéal du Moi. Il est avide de reconnaissance et de pouvoir. C’est l'Idéal du Nous. Celui qui est connu, réputé, au-dessus, sans n'avoir produit rien d'autre que du vide. Il est ce que nous sommes tous en puissance. Des célébrités virtuelles qui n'ont rien à célébrer.

Il jouit d'être lui-même. Mais l’extase est de courte durée et il doit sans cesse recommencer. De petites morts en petites morts, il s'emplit d'amertume et de méchanceté. Parfois sadique, agressif, virulent, vengeur c’est un personnage très désagréable, et séduisant aussi. Mais il ne vous tient pas en son pouvoir. Enfin si, mais il ne dispose que de la quantité de pouvoir que vous lui accordez. Je peux vous assurez que si vous ne lui en accordez plus aucun, son pouvoir disparait...

Non ce soir je vous parle du vrai pervers, celui qui jouit de la souffrance de l'autre, celui qu'on ne repère pas si facilement, celui dont on n'ose rien dire. Celui là est plein je vous le garantis. Pas de vide ou d’interstice dans lequel pourrait se glisser le doute, l'émotion ou la simple idée de l'existence d'un autre qu'il faudrait considérer. Il vous heurte de plein fouet. Et vous avez raison d'avoir peur. il peut vous nuire gravement.

J'en ai croisé quelques uns et j'en garde encore la trace d'un frémissement interne. Je garde à l'esprit que le mal existe quoiqu'il en soit, tapi dans quelques recoins obscurs d'être humains.

Il y avait celui là, bien jeune pour avoir commis de tels actes. Une des première chose qu'il a dite à son propos: "oh moi, je suis tranquille vous savez". Il m'a d'ailleurs parlé de religion car "chez nous on respecte la Sainte Vierge". Ce qui n'a pas empêché violences, abus sexuels graves, tortures et d'autres choses dont je ne peux, je ne veux parler ici.

Il n'en dit rien mais il sait que je sais. Et il sait aussi ce que j'ignore.

Tranquillement dans un atelier, il a fabriqué un cadeau pour sa petite sœur qu'il a abusé, un cadeau qui ressemble à un sexe masculin déguisé en escargot. Le tout présente une étrange obscénité qui met tout le monde mal à l'aise. Il l'a assorti d'un énorme nœud rose du plus mauvais effet. Et l'a emporté pour l'offrir. Je n'ai pas osé imaginer le visage de sa petite sœur quand elle l'a reçu.

Il est issu d'une grande fratrie. "On est tous sortis de la chatte de ma mère" précise-t-il.

Il est sérieux. Et tranquille. Il savoure l'effet qu'il produit. Je n'aimerais pas le rencontrer à l'extérieur.

Je ne l'ai vu quelques fois puis j'ai arrêté le suivi dès que j'ai pu. Il me terrifiait. Il terrifiait les autres patients.

J'ai pensé au Diable, au Malin. J’essaie de l’exorciser ce soir.

Qu'il quitte les lieux de ma pensée et, peut-être, disparaitra-t-il de la surface de la terre.

On peut rêver ensemble.

Mais qu'importe, il faut faire son travail.

Tant bien que mal.

Héloïse

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